La fraude fournisseur en Chine n'a rien de mystérieux. Elle suit un petit nombre de schémas qui se répètent, et chacun a une parade précise et peu coûteuse. Ce qui la fait fonctionner, c'est le moment : elle tombe quand une échéance approche et quand poser une question de plus ressemble à une insulte faite à une relation construite depuis des mois.
Un : le changement de coordonnées bancaires
Un courriel arrive de votre contact habituel, dans le fil habituel, disant que le compte de la société est en cours d'audit et que ce règlement doit aller sur un autre compte — souvent dans une autre ville, parfois à Hong Kong. La boîte a été compromise, ou le domaine diffère d'un caractère.
Le contrôle : n'acceptez jamais un changement de coordonnées bancaires par courriel. Appelez un numéro que vous aviez déjà avant la demande, et parlez à une personne que vous avez rencontrée. Pas le numéro dans la signature de ce courriel. Cette seule règle prévient la plus grosse catégorie de pertes du métier.
Deux : le compte qui n'est pas celui de la société
On vous demande de payer une personne physique, ou une société de négoce dont le nom diffère de celui de votre contrat, « pour des raisons fiscales ». Parfois l'explication est sincère. La conséquence, elle, ne l'est pas : un règlement versé à un tiers qui n'est pas votre cocontractant vous laisse sans recours contractuel contre la société qui vous doit la marchandise.
Le contrôle : le nom du bénéficiaire doit correspondre, caractère pour caractère, à la raison sociale du contrat et de la licence d'exploitation. Si ce n'est pas possible, vous venez d'apprendre quelque chose d'important sur votre interlocuteur réel.
Trois : la société qui n'existe pas telle que décrite
L'usine des photographies appartient à quelqu'un d'autre. La licence d'exploitation est authentique mais appartient à une coquille, ou son objet enregistré ne couvre pas la fabrication de ce que vous achetez, ou son capital est dérisoire.
Le contrôle : obtenez la licence d'exploitation en chinois, pas un résumé en anglais, et faites vérifier le numéro d'enregistrement au registre public. Cela prend quelques minutes et vous donne la dénomination légale, l'objet enregistré, le capital, et l'existence éventuelle de procédures d'exécution.
Quatre : la substitution après validation
L'échantillon de référence est bon. La première série est bonne. La troisième expédition a un composant moins cher, une paroi plus fine, une nuance d'acier différente. Rien n'a été annoncé parce que rien n'a été demandé.
Le contrôle : continuez à inspecter une fois la relation établie. La tentation d'arrêter de payer l'inspection quand tout va bien est précisément ce sur quoi le schéma compte. Réduisez la fréquence s'il le faut ; ne tombez pas à zéro.
Le fil commun : les quatre se détectent par une vérification auprès d'une source que la partie adverse ne contrôle pas — un registre public, un numéro que vous aviez déjà, un inspecteur tiers. Tout ce que le fournisseur vous envoie est une affirmation, pas une preuve.