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Interdire a votre distributeur européen de vendre en ligne

La clause parait raisonnable vue de Chine : le distributeur prend le territoire, le canal en ligne reste a la marque. En droit européen de la concurrence, cette phrase peut retirer sa protection a l'accord entier, et pas seulement a la clause.

Chine → France

La clause s'ecrit avant que quiconque la discute. Le distributeur européen recoit le territoire, le territoire est protege, et la vente en ligne reste a la marque ou se trouve purement interdite. Dans un reseau chinois, cette phrase est ordinaire, et c'est souvent a cette condition qu'un territoire est accorde. Mettez la même phrase dans un contrat de distribution européen et vous n'avez pas organise un canal : vous avez ecrit le seul type de clause que le droit européen de la concurrence juge assez grave pour retirer a tout le reste de l'accord la protection sur laquelle il comptait.

Pourquoi le droit européen lit une vente en ligne comme une vente passive

Le droit européen de la concurrence separe depuis longtemps la vente qui va chercher le client de celle qui repond a un client venu de lui-même. Aller chercher, c'est prospecter, appeler, faire de la publicite visant un territoire ou une clientele designes, payer pour être trouve par des gens qui n'ont rien demande — et un fournisseur peut licitement reserver un territoire ou une clientele contre cela. Répondre est autre chose, et un fournisseur ne peut pas empecher un distributeur de servir un client qui s'est adresse a lui. Un site web est du cote de la réponse : c'est une boutique ouverte a qui la trouve. D'ou la lecture d'une interdiction générale de vendre en ligne comme une interdiction de la vente passive, et non comme un choix de canal.

Cette lecture porte une consequence hors de proportion avec la clause. Les accords entre un fournisseur et ses distributeurs sont proteges par une exemption par catégorie : tant que les parties restent sous le seuil de part de marché qu'elle fixe et que le contrat ne contient aucune des restrictions qu'elle qualifie de graves, l'accord est presume licite et personne n'a a en discuter. Une restriction grave fait tomber cette protection — et elle la fait tomber pour l'accord, pas pour la seule phrase fautive. Ce qui etait une zone de sécurité devient un contrat qu'il faut justifier au fond devant une autorité de concurrence ou un juge, ce qui est une tout autre conversation et une conversation bien plus chere.

Ce que vous pouvez encore exiger de la boutique en ligne d'un distributeur

  • Des critères de qualité sur la boutique elle-même. La presentation du produit, les visuels, les informations qui doivent l'accompagner, un paiement sécurisé, un service client joignable dans la langue du pays, pas de contrefacon concurrente a cote. Des exigences sur la manière de vendre sont un autre objet qu'une interdiction de vendre.
  • Une vitrine physique, dans un reseau sélectif. Exiger des membres qu'ils exploitent un veritable point de vente a ete admis la ou la nature du produit le justifie et ou l'exigence s'applique a tous les membres. C'est une condition d'appartenance, non une restriction de ce qu'un membre peut ensuite faire en ligne.
  • Une interdiction des places de marché, sous conditions. Interdire la vente visible sur des plateformes tierces a ete admis dans un reseau reellement sélectif, pour des produits dont l'image le justifie, a condition que la clause s'applique a tous les membres et laisse le distributeur libre de vendre sur son propre site et d'être trouve par la publicite.
  • Un territoire protege contre la prospection active. Vous pouvez interdire la publicite ciblant un territoire reserve a un autre, les campagnes dans sa langue qui le visent, un nom de domaine local achete pour s'y adresser. Nommez les actes que vous interdisez, et dites dans la même clause que répondre a un client venu de la reste libre.
  • Des règles sur votre marque et vos éléments de marque. Quel nom, quel logo, quelles allegations, quels visuels, et ce qui doit disparaitre a la fin du contrat. Ce sont des stipulations de propriété intellectuelle, pas une restriction de concurrence, et elles font bien plus pour une image que n'importe quelle interdiction de canal.

Ce qu'aucune clause n'obtient, quelle qu'en soit la redaction

  • Empecher un distributeur de répondre a un client venu a lui. Une commande qui arrive d'un autre État membre est une vente passive, et refuser qu'elle soit servie est la restriction elle-même. Obtenir le même résultat par la technique — bloquer les cartes de paiement etrangeres, refuser les visiteurs venant de certaines adresses, les rediriger vers le site d'un autre distributeur — tombe sous la même interdiction.
  • Un prix d'approvisionnement pour le canal en ligne concu pour le decourager. Facturer plus cher au distributeur la marchandise qu'il vendra en ligne, pour que le canal cesse d'être viable, se lit comme l'interdiction obtenue autrement. Un ecart doit refleter une difference reelle de coût du service du canal, et cette justification est examinee strictement.
  • Une autorisation préalable pour chaque vente hors du territoire. Une autorisation que vous etes libre de refuser est une interdiction avec un formulaire. Il en va de même d'une obligation de déclarer chaque commande de ce type avant de l'expedier, lorsque la déclaration n'existe que pour pouvoir l'arreter.
  • Exiger que le prix en ligne soit aligne sur celui du magasin. C'est une clause de prix de revente habillee d'un argument de canal, et elle est traitee comme une clause de prix. Il en va de même d'une obligation de ne pas afficher de prix en ligne lorsque l'objet est d'éviter que le prix du rayon soit casse.
  • Reverser la marge d'une vente a un client venu d'ailleurs. Une obligation de ceder le profit au distributeur du territoire d'ou vient le client rend inutile le fait de lui répondre, soit la même restriction obtenue par la comptabilite plutot que par une interdiction.

Ce que risque l'accord entier quand une clause est jugee grave

L'exemption tombe, et elle tombe pour l'accord plutot que pour la phrase. La clause elle-même est nulle et inapplicable, ce qui porte une ironie qu'il faut voir : la protection territoriale que vous accordiez ne vaut plus rien le jour ou vous en avez besoin, parce que le contrat qui la portait est devenu le document faible de la discussion. Une autorité de concurrence peut alors ouvrir un dossier — la Commission et l'autorité de chaque État membre peuvent l'une et l'autre appliquer la même interdiction — et une amende infligee a un fournisseur se calcule sur le chiffre d'affaires, non sur la marge du contrat qui l'a provoquee. Un fournisseur sans aucun salarie en Europe n'est pas hors d'atteinte : ce qui compte est le lieu ou l'effet de l'accord se fait sentir.

Vient ensuite la partie que les fournisseurs chinois anticipent rarement : le distributeur. Une partie lesee par une restriction interdite peut demander des dommages et intérêts devant un juge national, et celui qui le fera est le plus souvent le distributeur avec lequel vous venez de cesser de travailler. Son dossier, c'est votre correspondance — le message demandant de retirer une annonce, le courriel refusant une commande venue de l'etranger, le rappel sur son prix en ligne. D'ou le fait que la question utile sur une clause genante n'est jamais de savoir si elle est au contrat. C'est de savoir si elle a ete appliquee, et par ecrit.

Ce qu'il faut ecrire a la place

  1. Decider si le reseau est exclusif ou sélectif, car les clauses disponibles ne sont pas les mêmes, et un contrat qui emprunte aux deux constructions ne defend ni l'une ni l'autre.
  2. Ecrire les critères de qualité de la boutique en ligne a partir du produit, et les rendre applicables a tous les membres, y compris a une entite a vous qui y vendrait.
  3. Reserver la vente active ou vous le souhaitez, en nommant les actes interdits, et dire dans la même clause que répondre a un client venu de lui-même est libre.
  4. Sortir le prix de la discussion sur les canaux. Un prix conseille, un prix maximum, rien d'autre — et aucun suivi sur l'un comme sur l'autre.
  5. Faire relire le projet par un avocat en droit de la concurrence du pays dont les tribunaux connaitraient d'un litige, avant que le distributeur signe plutot qu'au moment ou la relation tourne.

La clause qui vous coute le plus n'est jamais celle que vous avez negociee : c'est celle que vous avez recopiee d'un contrat qui marchait chez vous. Avant d'envoyer le projet européen, retirez chaque phrase qui interdit, autorise ou tarife le canal en ligne, et reconstruisez cette partie a partir du produit : a quoi la boutique doit ressembler, quel doit être le service, qui peut être membre. Puis faites relire sur place — l'interdiction est européenne, mais le tribunal qui l'applique et la procédure qui y mene sont nationaux, et une clause precise se vérifié avec un avocat du pays concerne plutot que depuis une description générale.

Questions qui reviennent.

Notre image souffre reellement sur les places de marché. Peut-on les interdire ?

Dans un reseau sélectif correctement construit, l'interdiction de la vente visible sur des plateformes tierces a ete admise, parce qu'une telle clause restreint une manière de vendre et non le canal en ligne lui-même. Les conditions sont exigeantes : le reseau doit être reellement sélectif sur des critères qualitatifs objectifs, la clause doit être justifiee par la nature du produit et l'image qu'il exige, elle doit s'appliquer a tous les membres sans exception toleree, et le distributeur doit rester libre de vendre sur son propre site et d'être trouve par la publicite. La ou cela echoue est previsible : un fournisseur sans reseau reel, des critères sortis pour exclure, une interdiction levee pour un gros compte, ou une clause si large qu'aucune voie en ligne ne subsiste. L'appreciation se fait au cas par cas : faites vérifier votre redaction par un conseil plutot que de l'emprunter.

Notre distributeur vend a des clients hors de son territoire. Peut-on l'en empecher ?

Separez l'aller chercher du répondre, parce que le droit le fait. Vous pouvez lui interdire de prospecter activement un territoire reserve a un autre, et il faut nommer les actes : publicite qui le vise, campagnes dans sa langue, nom de domaine local, stand sur un salon de ce pays. Vous ne pouvez pas l'empecher de servir des commandes passees par des clients de ce territoire venus a lui d'eux-mêmes, et vous ne pouvez pas obtenir ce résultat en bloquant des cartes de paiement, en filtrant les visiteurs ou en reprenant la marge. En pratique, un reseau européen fuit d'un pays a l'autre par construction, puisque le marché unique est la raison de la règle. Si la fuite est en réalité un problème de prix, la cause est votre propre tarif d'un pays a l'autre, non le distributeur qui l'a remarque.

Peut-on tout simplement garder le canal en ligne pour nous ?

Vendre en ligne vous-même vous est toujours ouvert, car votre propre canal direct n'est une restriction imposee a personne. Ce que vous ne pouvez pas faire, c'est en faire une exclusivite par contrat, en interdisant a vos distributeurs d'aller en ligne. La distinction n'est pas cosmetique : un reseau ou vous vendez en ligne et ou vos distributeurs vendent en magasin peut parfaitement exister en fait, parce que vous avez choisi des distributeurs dont le metier est le detail et qu'ils ont investi en consequence. Le même schema impose comme obligation est la restriction grave. Si la crainte reelle est que votre canal soit casse, les leviers sont ceux du positionnement — assortiment, sequence des lancements, service, prix conseille que vous communiquez vous-même au consommateur — et le point merite d'être vérifié avec un conseil sur votre redaction reelle.