Digital en Europe

Votre site vu depuis l'Europe : latence, CDN et hébergement

Un site qui s'ouvre instantanément à Shenzhen peut être sensiblement plus lent à Lyon ou à Hambourg. La distance, le trajet et les scripts que la page appelle changent tous quand le visiteur change de lieu. C'est le miroir du problème que les sites européens rencontrent en Chine.

Chine → France

Un site européen vu depuis la Chine connaît un ensemble de difficultés bien identifiées : la distance, une liaison internationale pas toujours régulière, et un dossier d'enregistrement exigé pour héberger localement. La même physique s'applique dans l'autre sens. Un site hébergé en Chine et ouvert depuis l'Europe traverse la même distance et la même liaison transfrontalière, dans la direction inverse. Son propriétaire le voit rarement, parce que tous ceux qui le testent sont dans le bureau voisin du serveur. L'acheteur en Europe, lui, le voit à chaque visite.

Où le temps passe réellement

Ouvrir une page n'est pas une seule requête. Le navigateur trouve d'abord l'adresse du serveur, ouvre une connexion, négocie le canal sécurisé, et ne demande la page qu'ensuite. Chacune de ces étapes est un aller-retour, et chaque aller-retour coûte toute la distance entre le visiteur et le serveur. Une fois la page arrivée, elle réclame ses feuilles de style, ses scripts, ses polices et ses images, souvent à plusieurs endroits différents. Un serveur qui répond vite à un visiteur voisin n'est pas un serveur rapide pour tout le monde : c'est un serveur proche.

  • La distance au serveur. Une page hébergée en Asie et ouverte en Europe paie la distance à chaque étape avant l'arrivée du premier octet. Héberger près des acheteurs en retire l'essentiel.
  • Le trajet transfrontalier. Le trafic entre la Chine et l'Europe ne prend pas toujours le même chemin, et sa qualité varie selon l'heure et le fournisseur. C'est la variation qui pose problème : elle est difficile à reproduire, donc rarement corrigée.
  • Les images et les vidéos lourdes. Des photos produit exportées en pleine taille depuis un fichier de conception, et une vidéo d'ambiance qui démarre à l'arrivée, sont la cause la plus courante d'un premier écran lent, où que soit le serveur.
  • Les scripts venus d'ailleurs. Modules de discussion, mesure d'audience, cartes, bibliothèques de polices et gestionnaires de balises ajoutent chacun une connexion vers un autre hôte, et certains sont lents ou inaccessibles depuis l'Europe.
  • Les réseaux mobiles. L'acheteur européen ouvre aussi volontiers le lien sur un téléphone dans un train qu'à un bureau. Une page testée seulement sur la fibre du bureau cache tous les problèmes qu'un téléphone révèle.

Ce que fait un CDN, et ce qu'il ne fait pas

Un réseau de diffusion de contenu, ou CDN, garde des copies de vos fichiers sur des serveurs placés en de nombreux endroits et sert chaque visiteur depuis le plus proche. Pour les images, les feuilles de style, les scripts et les polices, il change tout : le fichier ne voyage plus depuis l'origine, il vient d'un nœud situé dans le pays du visiteur. Il n'aide pas pour le contenu généré pour chaque visiteur, comme un panier, un compte ou un résultat de recherche, à moins que ce contenu soit lui aussi mis en cache ou généré à la périphérie. Il faut aussi un nœud près de vos marchés cibles. Un réseau très présent en Asie et peu en Europe ne résoudra pas un problème qui se situe en Europe : vérifiez donc la couverture du prestataire dans les pays où vous vendez, et non ses affirmations générales.

SituationCe qui est lentLevier
Serveur en Chine, acheteurs en EuropeToutes les pages, dès le premier octetHéberger en Europe, ou placer devant un CDN doté de nœuds européens
Serveur en Europe, images lourdesLe premier écran, sur mobileRedimensionner et compresser les images ; charger plus tard celles du bas de page
Beaucoup de scripts tiersAttente d'un autre hôte avant que la page soit utilisableRetirer ce que personne ne lit ; charger le reste après le contenu
Pages dynamiques, sans cacheLe délai avant le premier octet reste long même avec un CDNMettre en cache ce qui est identique pour tous ; rapprocher l'origine

Les scripts tiers de la pile chinoise

Un site conçu pour la Chine embarque souvent des outils qui y ont du sens : un script de mesure d'un fournisseur chinois, une carte d'un service chinois, une fenêtre de discussion, une connexion par réseau social, des polices servies depuis un réseau chinois. Ouvert depuis l'Europe, chacun d'eux se charge lentement depuis loin ou ne se charge pas du tout, et une page qui attend le script avant de s'afficher peut se figer. Les mêmes outils posent aussi une question juridique dès que le visiteur est en Europe, puisqu'ils envoient des données vers un serveur hors de l'Union et que la plupart exigent un consentement avant de s'exécuter. L'approche la plus simple est de garder une version européenne de la page libre des outils sans utilité en Europe, et de charger les outils nécessaires après le contenu, derrière le bandeau de consentement.

Comment mesurer du côté de l'acheteur

  1. Testez depuis l'Europe, pas depuis le bureau. Utilisez un service de test qui permet de choisir un lieu dans le pays visé, et lancez-le sur une connexion mobile simulée aussi bien que sur une connexion rapide.
  2. Lisez trois mesures plutôt qu'une note unique : le délai avant le premier octet, qui renseigne sur le serveur et la distance ; le délai avant que le contenu principal soit visible ; et la rapidité avec laquelle la page répond à un toucher ou à un clic.
  3. Ouvrez la liste des requêtes et triez-la par hôte. Notez chaque domaine qui n'est pas le vôtre, et demandez pour chacun si quelqu'un s'en sert.
  4. Répétez le test à différentes heures de la journée et depuis un second pays. Un résultat qui varie avec l'heure désigne le trajet et non la page.
  5. Demandez à un contact en Europe d'ouvrir le site sur un téléphone et de vous dire ce qu'il a vu. Cela prend une minute et révèle des problèmes qu'aucun outil ne décrit.

Déplacer le site n'est pas toujours la première étape. Si les images sont beaucoup trop grandes et que la page charge une douzaine d'outils que personne n'utilise, un hébergeur européen fera arriver une page lourde un peu plus tôt, pas plus légère. Commencez par peser la page, puis retirez, puis rapprochez les fichiers avec un CDN, et déplacez l'origine en Europe en dernier. Héberger dans l'Union a un second avantage qui n'a rien à voir avec la vitesse : les données de vos visiteurs et clients européens restent sous les règles qui leur sont applicables, ce qui simplifie la politique de confidentialité. Garder en plus une version chinoise chez un hébergeur local est une décision à part, et les deux peuvent coexister.

Questions qui reviennent.

Faut-il héberger en Europe, ou un CDN suffit-il ?

Cela dépend de ce que fait le site. Un site fait surtout de pages fixes, d'images et de documents à télécharger peut être bien servi par un CDN à bonne couverture européenne, même si l'origine reste en Asie. Un site avec comptes, paniers, formulaires de devis ou recherche génère des pages pour chaque visiteur, et chacune de ces requêtes retourne encore à l'origine : la distance subsiste donc pour les étapes qui comptent. Dans ce cas, rapprocher l'origine est la seule vraie réponse. Testez d'abord avec le CDN en place, depuis le pays visé ; si le premier octet reste lent sur les pages dynamiques, déplacez l'origine.

La vitesse influence-t-elle vraiment la manière dont on nous trouve en Europe ?

Les moteurs mesurent comment les visiteurs réels vivent une page, et la vitesse est l'un des signaux qu'ils emploient ; elle compte donc, mais elle ne l'emporte pas sur une page qui répond mieux à la question que les autres. L'effet le plus direct touche le visiteur : un acheteur qui compare plusieurs fournisseurs dans plusieurs onglets ferme celui qui n'a encore rien affiché. Ce qu'un retard coûte en demandes perdues dépend du secteur, de l'appareil et de la motivation du visiteur, et aucun chiffre général ne vaut pour votre cas. Considérez la vitesse comme une condition pour être lu, pas comme une technique de classement.

Notre site est rapide en Chine. Peut-on le réutiliser pour l'Europe ?

Le contenu peut être réutilisé, la mise en place le plus souvent non. Un site optimisé pour la Chine est réglé pour un réseau local, des services locaux et un public local, et plusieurs de ces choix jouent contre lui ailleurs. Gardez les textes, les images et les données produit, et reconstruisez la diffusion : hébergement européen ou CDN doté de nœuds européens, sans les outils chinois inutiles en Europe, et avec les pages et mentions qu'un visiteur européen attend. Considérez les deux comme deux sites qui partagent une source de contenu, pas comme un seul site avec un sélecteur de langue.