Digital en Europe

Mesurer son audience en Europe : le consentement, les alternatives sans cookie, et ce qu'on perd à ne pas mesurer

La balise de mesure installée par défaut sur un site enfreint généralement les règles européennes dès la première visite. La réponse n'est ni d'arrêter de mesurer ni de cacher le bandeau. C'est de décider ce que vous avez besoin de savoir, puis de choisir une méthode qui peut le recueillir licitement.

Chine → France

L'habitude, c'est d'installer une balise une fois, de l'oublier et de lire les rapports. En Europe, cette balise déclenche deux règles distinctes. La première concerne l'appareil du visiteur : y stocker ou y lire une information exige un consentement, sauf si c'est strictement nécessaire. La seconde concerne les données recueillies : un identifiant, une adresse IP, un comportement de page en page sont des données personnelles, avec tout ce que cela entraîne. Beaucoup d'exportateurs rencontrent la première quand leur agence ajoute un bandeau, et ne rencontrent jamais la seconde.

Ce qui exige un consentement, et pourquoi

Mesurer une audience n'est pas strictement nécessaire au sens juridique. Le visiteur a demandé une page et la page fonctionne sans la mesure. C'est pourquoi un script qui compte les visites se trouve du même côté de la ligne qu'un pixel publicitaire, sauf exemption nationale précise. Le volet données est distinct. Si le fournisseur de l'outil reçoit les données sur des serveurs situés hors de l'Union, ce transfert demande son propre mécanisme juridique, et la situation dans ce domaine a changé plus d'une fois. Si le fournisseur utilise les données pour son propre compte, vous avez un tiers dans la navigation de votre visiteur, et vous devez pouvoir dire qui il est et ce qu'il fait.

  • Rien de non essentiel ne se charge avant le choix. Aucun script de mesure, aucun pixel publicitaire, aucune police tierce, aucun lecteur vidéo embarqué avant que le visiteur ait décidé.
  • Refuser est aussi simple qu'accepter. Même niveau, même nombre de clics, visibilité comparable.
  • Aucun identifiant publicitaire caché dans la « mesure ». Vérifiez ce que la balise envoie réellement, pas ce que dit la page de réglages.
  • Une trace du choix. Ce qui a été choisi, quand, sous quelle version du texte du bandeau.
  • Une information dans la langue du visiteur. Qui reçoit les données, pour quoi, et comment revenir sur la décision plus tard depuis n'importe quelle page.

Mesurer sans cookie

Une famille d'outils compte les visites sans déposer d'identifiant persistant sur l'appareil. Ils agrègent les pages vues, les sources, les pays et les types d'appareils, ne suivent pas une personne d'un site à l'autre, ne conservent pas l'adresse IP complète et sont hébergés dans l'Union par un fournisseur qui ne réutilise pas les données. Certaines autorités nationales admettent qu'une mesure strictement statistique de ce type puisse être dispensée de consentement, à des conditions étroites : une finalité limitée, aucun suivi entre sites, une conservation courte, aucune réutilisation. Cette dispense n'est pas uniforme d'un pays à l'autre, lisez donc les positions du pays où vous vendez. Les journaux de votre propre serveur sont une autre source : ils enregistrent les requêtes sans aucun script côté visiteur, mais l'adresse IP qu'ils contiennent reste une donnée personnelle et demande une règle de conservation.

MéthodeCe qu'elle vous ditOù elle s'arrête
Balise de mesure avec consentementParcours, sources et visites répétées, pour ceux qui acceptent.Aveugle à tous ceux qui refusent. L'échantillon n'est pas l'audience.
Outil statistique sans cookiePages vues, sources, pays et appareils, en agrégé.Pas de parcours individuels, pas de reciblage.
Journaux du serveurChaque requête, y compris celles des visiteurs qui refusent tout.Des robots mêlés aux personnes. Demande un filtrage et ne montre rien du comportement sur la page.
Demandes comptées côté serveurCombien de demandes sont arrivées, et depuis quelle page.Seulement les personnes qui écrivent.
Une question dans le formulaire de contactComment la personne vous a trouvé, avec ses mots.Dépend de la mémoire et de la bonne volonté, mais c'est souvent la réponse la plus utile que vous obtiendrez.

Ce qu'on perd quand on refuse de mesurer

Sans aucune mesure, le site se pilote à l'opinion. Vous ne savez pas quelles pages produisent des demandes, si les pages dans une langue européenne sont seulement atteintes, ni quelle source amène des contacts sérieux : un salon, un annuaire, une recherche, une recommandation. Vous ne pouvez pas juger une modification, faute de point de comparaison avant et après. Vous ne pouvez pas dire si une publicité a servi à quelque chose. Il y a aussi une distorsion à garder en tête. Avec un bandeau de consentement, les visiteurs qui acceptent ne forment pas un échantillon typique, et leur part varie selon les pays. C'est une raison de mesurer des résultats, comme les demandes reçues, plutôt que de se fier au nombre de visiteurs.

Ce qu'on perd en mesurant mal

L'échec inverse est tout aussi courant. Une agence ajoute une balise de mesure, un pixel publicitaire, un outil d'enregistrement de comportement, un outil de discussion et une vidéo embarquée, et tout se charge avant tout choix. Cela se voit en ouvrant les outils de développement du navigateur, ce qui prend une minute, et c'est ainsi qu'un concurrent, une association de consommateurs ou une autorité s'en aperçoit. Un bandeau fourni par le thème du site et qui n'est pas réellement relié aux scripts est pire que rien, car c'est une déclaration fausse. Des scripts d'une plateforme hébergée en Chine chargés sur une page européenne ajoutent la question du transfert.

Décider ce que vous avez besoin de savoir

  1. Listez d'abord les questions : combien de demandes, depuis quelles pages, depuis quelle source, depuis quel pays. Commencez par les questions, pas par un outil.
  2. Associez chaque question à la méthode la plus légère qui y répond. Beaucoup n'exigent aucun script.
  3. Faites l'inventaire de chaque script et de chaque ressource tierce que le site charge, avec les outils de développement du navigateur sur une session propre.
  4. Retirez ce dont aucune question n'a besoin. Chaque élément conservé est quelque chose que vous devrez décrire et défendre.
  5. Reliez le bandeau pour que les scripts non essentiels attendent réellement le choix, puis testez en refusant et en regardant ce qui se charge encore.
  6. Rédigez la politique de traceurs et la politique de confidentialité d'après ce qui tourne réellement, et mettez-les à jour quand vous ajoutez quelque chose.

Comptez les résultats avant les visiteurs. Commencez par un simple relevé de chaque demande reçue : date, pays, page ou événement d'origine, et la réponse à « comment nous avez-vous connus ? ». Il n'exige ni script, ni consentement, ni outil, et c'est le chiffre qui décide si le site fonctionne. Tout le reste est de l'explication, et vous pourrez l'ajouter plus tard avec une méthode adaptée à la question.

Questions qui reviennent.

Peut-on supprimer le bandeau en n'utilisant qu'un outil sans cookie ?

Peut-être, mais le bandeau est déclenché par tout ce que fait le site, pas par la mesure seule. Si l'outil ne dépose réellement rien sur l'appareil au-delà de ce que permet la dispense nationale, et que rien d'autre sur le site n'exige de consentement, aucun bandeau n'est nécessaire. Une vidéo embarquée, une police chargée chez un tiers, un outil de discussion ou un pixel publicitaire le font revenir. Vérifiez aussi le pays : la dispense n'est pas la même partout. Dans tous les cas, la mesure doit être décrite dans la politique de confidentialité.

Nos visiteurs sont des professionnels. Le consentement s'applique-t-il quand même ?

Oui. La règle porte sur l'appareil et les données, pas sur le métier de la personne qui le tient. Un acheteur qui navigue depuis un ordinateur d'entreprise reste une personne dont le terminal est lu et dont l'adresse IP est traitée. Le cadre professionnel peut modifier la mise en balance dans certaines questions de données, mais il ne fait pas d'un script de suivi quelque chose de strictement nécessaire.

Peut-on utiliser l'outil de mesure d'une plateforme chinoise sur notre site européen ?

Techniquement oui, juridiquement c'est encadré. Les données seraient recueillies auprès de personnes en Europe et envoyées vers des serveurs hors de l'Union, ce qui demande un mécanisme pour le transfert, et les règles évoluent dans ce domaine : appuyez-vous sur la documentation actuelle du fournisseur plutôt que sur cet article. Demandez où les données sont stockées, qui y a accès, si le fournisseur les réutilise et ce que dit le contrat. Pour la plupart des exportateurs, un outil hébergé dans l'Union est plus simple à décrire dans une politique de confidentialité, ce qui est une raison de le préférer.

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